Un jour pour l´éternité

  027        022                                                                                             

                                                                    À Rolhel, couple éternel, parents intemporels

 

Un an.

Il est des dates que l´on voudrait arracher au calendrier.

Jours indissolubles à l’oubli,

fissures striant les parois paisibles du temps,

Ce temps qui, pourtant,

poursuit sa marche indifférente

et creuse sur nos visages ses sillons,

cicatrices de chagrin.

 

Un an,

Et l´insistante question

taraudant le silence des nuits,

 

Peut-on disparaître ainsi ?

En quelques secondes,

filer comme les étoiles

vers l´éternité ?

 

Se dérober à ce monde

et laisser le souffle expirer

entre les combes anthracites et aspres

que je maudis depuis…

 

Vous aviez accueilli l´aube,

en ce jour radieux et cruel,

conquis un sommet,

mais le soleil ne s´est plus jamais couché sous vos yeux

et la nuit qui vous a cueillis

était présage d’infini.

 

Êtes-vous âme de la montagne à présent ?

Elle qui s´est nourrie de votre sang,

et se réveille paisible chaque matin,

oublieuse des blessures,

vous a-t-elle gardé en elle,

vous berçant avec les herbes

ployant sous le vent ?

 

Votre sang,

qui coule dans nos veines,

est sang d´encre

mais aussi promesse de lendemains,

d´aubes qui se renouvellent,

de nuits profondes

dont l’obscurité est peut-être lumière

 

Et dans la feuille qui chancelle,

ou l’oiseau qui s´enivre d’horizon,

Je vous sens là,

Intemporelles sentinelles.

 

Contre le trébuchement de la rivière,

à travers les fleurs de votre jardin qui,

chaque saison,

renaissent,

 

Je sais que vous veillez

à vos semis,

aux offrandes de votre vie

 

Car si le cœur a pris la forme

de ces horloges molles de Dali,

ne distinguant plus les mesures

ni des faibles tourments

ni de l’ampleur des événements,

c´est qu´encore les flétrissures

ternissent nos humeurs

et que nos âmes nomades

vous cherchent éperdument

dans cet ailleurs impénétrable,

 

Ce royaume majestueux

de l’entre-deux

 

Où le vide sous vos pieds

était aussi immense

que celui que je cache au creux de moi,

quand de l’inexorable solitude

ne naît aucune consolation

 

L´ombre, vacillante,

de cette clairvoyance

qui hante la pensée

Vous avez tellement été

qu´il nous est encore impensable

que vous ne soyez plus.

 

Poussières au clair de lune,

Le gris chatoyant

de vos cendres

brille à présent dans le cœur de chacun

et nous guide au creux de votre nuit,

et de la nôtre, ici.

 

Ô pap’ mam’,

si vous saviez le vertige

que me donne votre grandeur,

 

et à quel point je me demande,

si nous saurons, un jour,

être à votre hauteur

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2 commentaires pour Un jour pour l´éternité

  1. Xavier Salomó dit :

    T’embrasse très fort, Guénola. Quin poema més bonic, més sentit, tan profund com la tristesa que exhala. Els teus pares seguiran ben presents als nostres cors, embellint-los tot recordant que en el món hi ha molt bones persones. T’estimem.

  2. M dit :

    Gwenola! Bien sûr que ce poème si « sentit », comme dit Xavier, est « à leur hauteur  » et, d’ailleurs, il parle à une autre famille d' »âmes nomades qui cherchent leur Père éperdument », noyées dans une mer toujours noire de larmes. Ton Pap’ a déjà fait son commentaire, qui est seulement publié pour que tu puisses le lire, et ta Mam’ lui a dit d’y rajouter quelque chose, en écoutant Cesaria Evora 🙂
    Giant Jack, « passeur entre les mondes, médecine par les ombres », m’a prescrit des livres:
    « – Ça fait partie de ton traitement, mon garçon: les livres sont des accessoires non-accessoires pour se battre contre les nuits éternelles. Ils dorment dans mes poches, je ne les réveille que pour les prêter quand quelqu’un semble en avoir besoin.
    Il soigne en administrant plâtres et cataplasmes pour le coeur, fabriqués à partir de son ombre qui est censée me protéger. » Je suis en traitement.

    Extrait de « la nuit » de Mathias Malzieu

    Un autre M de Montagne

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